"Quand j'étais enfant je voulais changer le monde, le rendre plus beau. Loin d'une quelconque prétention je suis au contraire une éternelle reveuse qui aime inventer ou se
laisser conter des histoires.
Aujourd'hui je ne prétend plus vouloir changer le monde, mais je reste une rêveuse qui aime les utopies et tout particulièrement les "hétérotopies"(M.Foucault),
ces lieux autres, ces espaces concrets qui sont le refuge de l'imaginaire tel que les cinémas,
les théatres ou les cabanes.
L'architecture existe aussi à travers notre imaginaire, et il serait triste que les villes et les maisons de l'avenir en soit dépourvu.
Mon travail tend à maintenir ce lien, car les hétérotopies sont partout dans la ville...encore faut-il qu'on veuille bien les voir"
...doit recommencer!!!
Ce projet de diplôme est avant pour moi une sorte de manifeste qui conclu cinq années d'étude et compile une multitude de réflexions personnelles touchant à la ville, au piéton qui flâne, à la scénographie, au théâtre, mais aussi aux questions d'intimité, de sécurité et d'appropriation dans l'espace public.
A l'origine de cette réflexion il y a une prise de conscience. Je suis confrontée à un constat qui m'attriste et que je fais de moi-même, mais que je pourrais tout aussi bien étendre à beaucoup de citoyens: Nous traversons la ville sans cesse, mais nous ne la vivons pas. La rue telle que je la connais aujourd'hui n'est plus qu'une interface entre deux lieux, un couloir entre deux pièces, un espace de liaison permettant de rallier A et B dans un temps de plus en plus court. La ville se parcourt et se traverse sans cesse plus vite, mais elle perd son caractère initial de lieu d'échange et de communication entre les êtres.
Elle est devenue un espace fonctionnel, où chacun circule dans la bande qui lui a été attribuée selon s'il est a pied, à vélo, en bus ou en voiture, et un maillage de dispositifs sécuritaires veille d'un œil panoptique au respect et à l'ordre de cette organisation stigmatisante et stigmatisée.
LA BORDURE
> sous le pont doudeauville. 18e Paris
Ce terrain vague étroit qui longe la voie ferrée sur près de 300 mètres offre la possibilités d'un nouveau rapport avec ce creux béant qui mène à la gare du Nord. Ces voies de chemins de fer qui sectionnent brutalement le paysage urbainet crées des enclaves sont le plus souvent vecues par le pieton de façon transversale.
J'ai trouvé interessant de pouvoir offrir au pieton une déambulation parrallèle aux voies ferrées. Je trouvais egalement interessant d'offir au voyageur qui entre ou quitte la ville un autre paysage.
Car il s'agit en quelque sorte d'un vertibule de la ville, une coulisse avant l'entrée en scène, une zone intermediaire propice à la reverie, à l'echappement ou au contraire a l'introspection.
Pour le voyageur ce moment de transit juste avant l'entrée en gare, c'est le moment de tous les possibles, ou tout reste encore à voir.
LA DENT CREUSE
> rue des Panoyaux. 20e Paris
Cet espace est situé dans un ancien îlot de logements, qui a fait l’objet d’une transformation massive conduisant à la destruction de plusieurs immeubles pour construire des logements neufs et un terrain de sport longé par une voie piétonne. Cette rue fut par la suite connectée au réseau viaire par la destruction d’une maison basse, donnant sur la rue des Panoyaux. Les traces de cette maison sont encore visibles sur les murs mitoyens, et l’on distingue l’emplacement de l’escalier qui à laissé des marques inscrites dans la paroi voisine. Ce terrain offre des possibilités intéressantes notamment grâce à la largeur de la voie piétonne qui permettrait l’installation d’un dispositif, sans pour autant gêner la circulation des citadins.
LA FRISE
> rue de la fontaine au roi. 11e Paris
Il s’agit sans doute ici du seul site dont le potentiel d’intervention soit entièrement vertical, car la contrainte réside essentiellement dans le fait que le trottoir longé par cette succession de murs aveugles est très étroit donc inutilisable en vue d’une installation horizontale. La beauté de ce lieu réside dans la partition murale qui rythme ce morceau de rue.
D’après d’ancienne carte on remarque que cette rue fut prolongée au début du XXe siècle afin d’offrir une respiration au cœur d’un grand ilot bâti, générant ainsi cette frise immaculée de façades aveugles. Cette grande muraille m’est apparue comme une immense page blanche où tout reste à écrire, et j’aurai voulu m’affranchir de ce trottoir étroit pour me rapprocher de la lumière des sommets et parcourir les interstices qui découpent aléatoirement cette frise.
LE LIVRE OUVERT
> place Maurice Chevalier. 20e Paris
Non loin du parc de Belleville et de la rue de Ménilmontant, ce terrain est situé à l’intersection de deux rues qui débouche sur la place et dont les immeubles se rejoignent pour former à l’extrémité un mur aveugle composé de deux pignons.
Cette configuration n’est pas sans rappeler le cas de la place St Michel, où la façade située à l’aboutissement du boulevard St Michel et de la rue Danton est occupée dans sa totalité par une fontaine monumentale de 26m de haut et 15m de large. Elle fut ordonné par Haussmann afin de combler l’angle vide, mais cet emplacement fut critiqué, car les Parisiens aurait préféré voir la fontaine au centre de la place.
LA MARGE
A quelques mètres du boulevard de Belleville et à l’intersection de la rue de la fontaine au roi et de la rue du Moulin Joly, on peut observer un élargissement assez conséquent du trottoir, formant une bande longue et étroite d’espace résiduel. Lorsqu’on lève les yeux, on peut lire clairement qu’il s’agissait de l’emplacement d’un immeuble dans le passé, car les héberges indiquent de nouveau cette présence fantomatique. Pour remplir cette zone en creux, la ville à installé cinq arbres, deux lampadaires et une cabine téléphonique ouverte à quatre combinés.
Ce lieu est intéressant car, comme d’autres, il s’agit d’un espace en liaison directe avec la ville, mais qui demeure inutilisé car il est en trop, ou parce qu’il n’offre pas d’intérêt particulier, outre le téléphone public.
LA GROTTE LA CABANE ET LA FALAISE
> passage St Sebastien. 11e Paris
Situé dans une ruelle très étroite, ce site était dans le temps une voie piétonne, ce qui explique que la rue soit encore désigné par le nom de «passage St Sébastien». A la suite d'une reconfiguration de l’intersection de la ruelle et la rue Amelot, la voie est rendue accessible aux voitures, mais elle garde cependant son nom de passage.
Il s’agit plus précisément d’un morceau de rue couverte par un immeuble, qui se situe à l’angle de la rue Amelot.Le passage est situé dans un quartier faubourien entre République et Bastille, au coeur d'un ensemble d'ilots étroits et étriqués qui rappellent le Paris d'antan. Certaines parcelles sont encore composées de petits ateliers empilés les uns sur les autres et accessibles par des chemins sinueux et fleuries.
J'ai choisi ce site pour y developper une intervention architecturale et scénographique, car je trouvais qu'il offrait un potentiel poétique fort. D'abord avec l'existance de cette double rue, l'une rendant l'autre obsolète. Puis l'existance de ce passage qui évoque le Paris du siècles dernier et la vie qui s'y déroulait. Enfin j'ai été charmé par la présence incongrue de cette petite cabane à l'entrée du passage qui surmontée d'une grande cheminée fait inévitablement écho aux cabanes des contes pour enfants.
Un passé qui laisse des traces
Cette intersection a en effet subit un certains nombres de modifications généré par des besoins nouveaux en circulation que furent la voiture.
Cette transformation qui date des années 70 consiste en la construction d’un immeuble de style contemporain comptant 10 étages, à l’emplacement d’anciens immeubles devenus insalubres. La disparition de ces constructions est encore lisible grâce aux deux héberges qui ornent les immeubles précédemment mitoyens. Lorsque le nouvel immeuble a été construit, une partie de la parcelle à été libérée pour élargir le trottoir de la rue Amelot et créer une rue plus large dans le passage St Sébastien.
Cependant elle a aussi généré un délaissé, car le passage qui se faufile sous l’immeuble est devenue résiduel et inutilisé, mis à part l’occupation omniprésente des pigeons.
Intentions génératrices
Cette intervention à pour but d’ouvrir une perspective vers un avenir nouveau pour un délaissé urbain laissé au rebut. Cependant la difficulté de ce projet réside dans la nécessité d’une insertion douce au coeur d’un site qui possède déjà un passé, une ambiance et une personnalité singulière. Le dispositif architectural, s’il doit exister, implique avant tout le respect des traces déjà présentes sur les lieux; et s’il est impossible de les contourner alors il s’agit de les sublimer.
On peut identifier trois entités distinctes présentes sur le site, que sont le passage, la cabane et le mur aveugle. Chacune des ces entités fait l'objet d'une intervention poétique. Le passage qui évoque la sensation de pénétrer dans une grotte, l'heberge qui ouvre la perspective d'une falaise sur laquelle grimper, et la cabane qui invite au travers de la symbolique forte qu'elle represente au coeur de la ville, à devenir un refuge dans lequel on s'abrite, une sphere plus intime et plus chaleureuse.
LA GROTTE
Dans le passage je souhaitais avant tout laisser la possibilité au citadin de choisir la trajectoire qu’il désire emprunter, et ainsi accentuer la dualité entre la rue découverte et la rue du passage. Ce choix impliquait donc de ne pas obstruer le passage par un programme ou une mise en espace qui cloisonne cette rue publique. L’intervention consistait plutôt à redonner un second souffle à ce chemin délaissé en y installant un usage qui offre une véritable alternative à la rue normée, fonctionnelle et institutionnelle. A la manière des passages couverts du XIXe siècle, je souhaitais que ce corridor puisse offrir ne serait ce que pour un un court instant le plaisir d’une déambulation plus lente et plus sensible, un interlude lyrique dans la partition urbaine du passant, et une interaction plus corporelle entre le piéton et l’environnement de la rue.
La découverte et l'expérience de ce passage à très rapidement fait écho à mes souvenirs, et plus précisément ceux d’une grotte creusée dans la roche de falaises qui plongeaient dans la mer. Cette forte suggestion est amplifiée par les percées de lumières vivaces et la décrépitude des parois, et j’ai souhaiter retrouver cette analogie au refuge de la grotte, en réutilisant l'irrégularité des parois et en créent des poches dans les murs qui deviennent des cavités refuges. La programmation qui s’inscrit dans le passage prend appui sur l’entité même du lieu qui est une rue vouée à la circulation. Il s’agit donc d’un espace demeurant public et solidaire mais pourtant dépourvu de mobilier urbain. C’est pourquoi j’inscrit un programme de micro espaces dans les cavités des parois ou sont insérés des équipements urbains tels que une fontaine, un banc, une cabine téléphonique, des kiosques, des jeux pour enfants,et des toilettes publiques.
LA CABANE
La seconde entité présente sur le site est une maisonnette qui rappelle un peu, par sa morphologie, une cabane. Dès l’Antiquité, la cabane est considérée comme un modèle à l’origine de l’architecture. Mais c’est aux 18ème et 19ème siècle que se développe le mythe de la cabane, en tant que symbole de l’état de nature, si cher au philosophe J.J Rousseau. La cabane reste cependant un élément plutôt incongru, car il est assez inhabituel de nos jour de croiser en plein coeur de Paris une si petite construction, qui ne soit pas temporaire ou de l’ordre du mobilier urbain.
Mon intention pour la cabane était avant tout de préserver en grande partie sont aspect délabré, afin de ne pas altérer les marques du temps qui lui confère tout son charme et j’ai souhaité protéger la façade du coté de la rue avec une bardage translucide. Dans un second temps, j’avais pour souhait de réactiver la cheminée afin qu’elle devienne véritablement un élément de signal visible de loin, rappelant ainsi les refuges de montagnes ou les cabanes dans les bois.
A l'intérieur de cette cabane j’ai souhaité développer un programme plus intime rappelant la sphère chaleureuse et rassurante du foyer de la maison. Au cours de mes dérives dans la ville j’ai pu observer à plusieurs reprises des parcelles en friche qui étaient réappropriées clandestinement et aménagées tels des espaces intimistes comme la salle de bain ou le salon. J’ai eu envie de prolonger cette idée en donnant un sens à la présence de cette cheminée qui devient ainsi un véritable foyer, une source de chaleur autour de laquelle se développe un petit salon urbain.
LA FALAISE
Cette dernière entité est constitué d’un grand mur d'héberge qui appartenait autrefois à l’immeuble aujourd’hui détruit. Ma démarche prend appui sur cette façade aveugle sur laquelle je décide de prolonger l’étendue de l’espace urbain à la verticale afin d'offrir au piéton la possibilité de prendre de la hauteur, de briser sa trajectoire horizontale avec une trajectoire nouvelle dans la ville, une ascension vers les toits...vers les sommets.
Mon intervention s'appuie également sur le statut originel de la façade qui est une interface entre l’espace intime et privé des lieux clos et l’espace public de la rue. De plus dans le cas de cette héberge constitué de deux épaisseurs de façade, le mur aujourd’hui devenu vestige d’une construction disparu appartient à la ville et donc par conséquent à l’espace urbain.
Ce statut m’a conduit à une intervention urbaine avec la mise en verticalité d’un dispositif généreux,offrant au citadin l’occasion de s’affranchir de la ville du bas en s’élevant vers des hauteurs plus calmes. La saillie autorisé par le PLU étant faible, je me suis inspirée des codes parisiens de la façade en réutilisant l’entité architecturale du balcon, de l’oriel et de la loggia. Ces petites structures accrochées tels des saillies à la falaise deviennent autant de refuges loin de la rue pour les passants qui désire flâner un moment comme on se reposerait dans un square. De plus le balcon, au même titre que la cabane ou la grotte, est chargé d’un imaginaire collectif qui se raccroche à l’univers du théâtre, de la scène et de la comedia dell’arte. Cet élément architectural de liaison entre l’intime et l’espace public devient le support de la tirade amoureuse, du discours royal ou tout simplement du badinage de rue. Ce vocabulaire à suggéré un dispositif structurel de soutien qui soit dans l’esprit d’une scénographie reprenant ainsi les codes de la machinerie théâtrale.
SEQUENCE 1 - Temporalité courte - de 3 à 5 minutes
CONTEXTE: Nuit / Debut de soirée (20h) / Printemps
PROTAGONISTE: personnage travaillant sur le site
AU DEPART DE: square de la rue Alphonse Baudin
ANGLE DE VUE: vision extérieure (on se tient à distance du protagoniste)